Tiers Monde combat “Le mal par le mal” dans son nouveau clip

Il y a des clips qui sont fait pour divertir, rendre l'esprit léger et permettre de s'évader le temps d'un instant. Il y a des clips vulgaires, violents et (trop) souvent les deux à la fois. Puis il y a les clips qui sont fait pour faire réfléchir. Ceux-là sont rares dans le paysage musical français, ceux-là sont rares tout court d'ailleurs. Le dernier clip de Tiers Monde sorti ce jour fait partie de ces raretés qu'il est bon de pouvoir visionner de toute urgence quitte à ce que ce dernier bouscule quelque peu notre petit confort. Un mal nécessaire.

Un texte fort

Le titre issu de son très réussi second album solo No Future (album faisant partie de notre Top 10 des meilleurs albums de rap français 2016) est déjà à lui seule une réussite. Réussite tout d'abord quant à sa manière de traiter un sujet aussi complexe que nos contradictions les plus profondes. Au fil du texte, la schizophrénie latente du narrateur se fait de plus en plus pressente:

À part traîner le soir, rêver d'être riche, je ne sais plus pourquoi je voulais être riche
Ai-je vendu mon âme, ok je me méfie de oim'
Ok j'ai besoin d'une arme ou d'un exorciste -orciste

Mettant le doigt sur nos paradoxes:

Ça parle mal ou ça prêche, injuste depuis la crèche
Je porte des sapes fabriqués par des gosses au Bangladesh

Ou encore la culpabilité que rencontre l'auteur lors du prêche du vendredi:

À chaque joumou'a j'me sens visé
Chaque vendredi c'est un peu comme si c'était mon procès

Au-delà de cet exercice de style si bien maîtrisé, nous pouvons aussi nous pencher sur les différentes punchlines qui pullulent tout au long du texte comme le très marquant:

Ils veulent la fast-life mais personne ici n'est prêt à courir
On veut le paradis mais avant mon poto faut mourir

tiersmondelemalparlemal

Un clip lourd de sens

Cette analyse de texte rapide semble nécessaire pour apporter des clés de lecture au clip associé. Dans cette vidéo, on retrouve notre MC exactement où nous l'avions laissé à la fin du clip "Toby Or Not Toby", le nez dans le sable, peinant à se relever et affichant une blessure ouverte sur son flanc droit. Débute alors une véritable traversée du désert dans ce qui semble s'apparenter au purgatoire. Tout au long de sa pénible avancée, le Havrais est confronté à des proches qui n'auront de cesse de tenter de décourager cette volonté de se battre.

Regarde autour de toi, tout est pourri, toi, moi, on l'est un peu tous au fond. On est le reflet de ce monde. Tombe. Le monde sera moins pourri sans toi.

Ces découragements n'auront pour autant pas raison du blessé qui semble déterminé à aller au bout de son effort. Cependant, la chute du clip que nous vous laissons découvrir tend à laisser entendre que les efforts concédés par le mourant sont vains car trop tardifs et que le cycle destructeur engendré par son comportement tout au long de sa vie est malheureusement irréversible. La fatalité l'emporte ici et tend à nous inciter à ne pas attendre l'irrémédiable pour améliorer nos comportements.

Les amateurs de séries télé reconnaîtront également le clin d’œil que constitue ce clip à la scène finale de la saison 2 de True Detective où Vince Vaughn se retrouve dans une situation semblable.

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