Hassan Monkey: “Là pour pousser notre culture vers l’excellence”

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Issu de la très prolifique scène perpignanaise, Hassan Monkey vient de sortir son premier album Babel. L'occasion pour nous de rencontrer cet artiste passionnant et de vous faire (re)découvrir son travail. C'est donc avec le sourire et un grand professionnalisme qu'Hassan se prêta au jeu de l'interview pendant plus d'une heure, évoquant tour à tour sa musique, ses expériences, sa vision du rap aux USA ou encore son analyse du système politique français... La discussion fut riche et nous avons eu la chance de pouvoir échanger non seulement avec un grand artiste, mais également avec un gars foncièrement gentil et sincère. Rencontre.

The BackPackerz : Parle-nous de tes débuts dans le rap

Hassan Monkey : J’ai débuté jeune, à l’âge de 11 ans, on a commencé parce que c’était la mode. On a commencé avec le Wu-Tang puis après on écouté plus de rap français notamment avec Beat De Boul. J’ai rencontré ensuite un mec qui s’appelait DJ Loîs à Perpignan, qui nous a inculqué deux trois trucs sur la culture Hip-Hop, il avait vraiment vécu le rap à ses débuts à l’époque de Lionel D etc. Il avait un studio d’enregistrement, il avait des pépites en vinyles, s’il les a toujours c’est une vraie mine d’or ! Je le big up d’ailleurs car c’est ce genre de personne qui nous a influencées. Après avec le temps, il a quitté Perpignan pour poursuivre sa carrière de DJ et c’est à ce moment là qu’on a rencontré Nasty (Mourad, qui bosse aujourd'hui à La Place à Paris) avec qui on a bossé, on était à l’époque trois groupes complètement distincts. Némir avait le sien et moi le mien et on s’est formé en collectif qui à l’époque s’appelait les 7 Pilliers Capitaux, on a sillonné quelques scènes ensemble à travers toute la France, Nasty au volant du camion 9 places et « en davai » comme on dit chez nous (« en avant ») et date sur date, au fur et à mesure les choses évoluent, c’est un peu le jeu des chaises musicales, on s’est donc retrouvé à 5 avec un groupe qui s’appelait Unité De Valeurs, puis trois dans le même groupe. Et après, j’ai poursuivi mes cours, mon accomplissement scolaire et personnel qui m’a amené à passer trois ans sur Paris, Némir a continué de son coté en gagnant le Buzz Booster, et après je suis revenu après trois ans «d’absence » où j’ai continué le rap dans mon coin dans ma chambre, je suis revenu sur Perpignan vers fin 2010 début 2011 avec mes diplômes en reprenant ma carrière solo en sortant le premier projet solo en gratuit qui s’appelait Warm Up.

En revenant sur Perpignan, tu as participé direct au Buzz Booster. Comment as-tu vécu cette expérience ?

C’est vraiment cool le Buzz Booster, c’est un vrai tremplin qui permet aux gens de découvrir ton travail. C’est pas forcément facile pour un groupe de province de performer, de montrer ce qu’il sait faire mais là c’est vrai que dans ce cadre ton travail est apprécié à sa juste valeur. Les deux fois où on l’a présenté en régional on est toujours passé, on a toujours représenté notre région. Ça te donne envie d’aller plus loin, tu croises des pros comme Mehdi que j’ai recroisé hier sur OKLM Radio. D’ailleurs pour la petite histoire on a eu une expérience pas folichonne pour lui lors d’une édition où au terme d’un jugement il y a eu une grosse mésentente où aucun des 7 ou 9 participants n’étaient d’accord avec la décision. Le gagnant n’était légitime pour personne, tout le monde s’énervait dans son coin et moi je me suis senti obligé de faire le porte-drapeau de toute la délégation et j’y suis donc allé au culot, en montrant un peu les dents, alors que je suis vraiment un mec très gentil, mais là c’est vrai que je me suis un peu énervé contre certains car il y avait des questions auxquelles je n’avais pas de réponse et du coup, au bout d’un moment ça énerve. Et donc je m’étais un peu énervé sur Mehdi (rires) mais je le big up car je le kiffe grave, il fait du putain de taffe. Mais vraiment ce coup-ci, tout le monde pensait qu’on allait gagner et quand le jugement est tombé c’était vraiment trop dur, j’ai regardé Nasty qui m'a dit que j’avais raison de m’énerver et qui m’encourageait à aller voir le jury. Dès que j’ai eu l’accord du tonton j’y suis allé direct. Pour l’anecdote, je m’énerve un moment sur un membre du jury et là on me calme en me disant « calme-toi, le mec sur qui tu gueules, il est aveugle », et là comme je suis un fou je fais « c’est la meilleure, maintenant on juge des shows visuels par des aveugles ». Finalement j’ai quand même fini par me calmer et aujourd’hui je n’en garde que des bons souvenirs.

Quel est l'esprit de Perpi’Zoo ?

Perpi’Zoo c’est devenu un label aujourd’hui pour nous, plus qu’un collectif. C’est une mentalité, c’est familiale. C’est un sentiment d’appartenance où tu retrouveras autant un Némir qui perce grave et qui signe sur une maison de disque, qu’un Gros Mo qui est dans un délire pas forcément comme le notre, avec un style plus trap et crado, que moi qui suis dans quelques choses plus reggae ou Poussières Urbaines qui est dans un rap un peu plus actuel. Ca peut aussi être un gamin qui traverse la rue dans notre quartier, qui kiffe notre musique, qui vient à tous nos concerts, ça peut aussi être un perpizoonard. Tu me kiffes, je te kiffe, voilà comment on fonctionne.

Comment as-tu jugé l’accueil de ton premier EP Warm Up de la part du public ?

Putain de bon ! Je ne m’y attendais pas du tout. Je revenais de Paris, je rencontre Enzoo, on fait un premier projet ensemble, j’étais un peu perdu. Renouer avec le rap en se disant que je vais sortir un projet pour montrer ce que je sais faire aux gens en espérant que ça plaise… tu le fais en étant un peu timide, sans être vraiment à l’aise… Pour cette sortie, j’ai rencontré beaucoup de monde autour de ce projet, j’ai eu de gros retours, les gens ont reconnu surtout la plume et le morceau qui le plus plu à l’époque c’était "Warm Up"  justement, qui avait été tourné pendant un voyage que j’avais fait en angleterre, on avait tourné ça à Picadilly Circus. Ce fut une belle petite expérience qui m’a forgé.

Tes influences musicales sont clairement Reggae. Tu en as toujours écouté ?

J’ai une grande soeur qui à l’époque avait une Super 5 et à l’époque elle nous baladait mes frères et moi, pour nous amener à la plage ou autre, et elle nous passait du reggae à balle! Elle kiffait le reggae à fond, j’en ai bouffé de dingue même si ce n’est pas forcément grâce à elle que je suis passé sur cette couleur là. Je me suis demandé à la base quelle couleur je voulais donner à mon projet. J’ai sillonné toute la France, en grande partie grâce à Nasty, je suis allé chercher un beatmaker sur Marseille, un gars sur Bordeaux, j’ai rencontré pas mal de monde comme CM Jones. J’ai écumé les beatmakers car à la base je ne devais plus bosser avec Enzoo qui prenait une sonorité trop « Némiresque » pour moi. Quand on a fait le morceau "Quelque Part" qui est sorti en 2014, on a fait le clip et tout ça, on s’est rendu compte qu’on développait un truc trop proche de l’univers de Némir. Et donc, il y a une vraie recherche volontaire de chacun se distinguer des autres.

Du coup, quelles sont tes références en matière de reggae ?

Déjà clairement Bob Marley ! C’est le premier que j’ai kiffé à fond. Après en plus récent, des gars comme Capleton j’en bouffe à fond ! Capleton pour moi il est pas si loin d’un Busta Rythmes. Les Marley, tous les fils, Damian etc ils sont fous! Le morceau Damian, Sizzla et Capleton c’est une tuerie. J’écoute aussi un gars comme Jah Cure. En France, je suis très admiratif de gars comme Dub Inc et du travail qu’ils ont accompli. Dub Inc font tout tout seul. Ils font même le tour management, te remplissent une salle de 4000 personnes sans passer par qui que ce soit. On les a fait jouer à Perpignan, ce sont des gars que j’ai rencontré ils sont géniaux. Y a une scène reggae en France aussi, qui est peut-être plus effacé mais qui est très très forte. Pour moi, le gars que je kiffe beaucoup et que j’admire c’est Kalash. Je trouve qu’il fait vraiment des trucs pas mal, en plus Kévin il est vraiment cool. On a tendance à penser que ce sont des gars qui se prennent la tête les Booba et compagnie, en fait ce sont des gamins, des gosses, des vrais bons gars.

Ne trouves-tu pas qu’aujourd’hui peut-être plus que jamais, la scène rap hexagonale est d’une diversité et richesse impressionnantes ?

La France n’est pas si différentes des USA au final, il y a des cycles partout, les modes et autres. Mais aux USA les choses vont plus vite. Tu cherches une date en une semaine c’est booké. Tout va plus vite. Et en France, tu veux une tournée, faut appeler un gars qui va appeler un gars mais qui ne pourra pas faire débuter la tournée avant telle date alors que ton album est sorti depuis trois mois. Tout est plus compliqué, alors que tout est simple au final. Peut-être l’administratif en France est plus compliqué, ainsi que les mentalités, C’est un peu dommage, faut juste laisser le temps au temps.

Mais regarde en France, le rap n’a jamais vraiment été organisé, structuré comme il aurait du l’être…

C'est pas faux. Je ne sais pas si tu as regardé le documentaire de The Game sur ses deux derniers albums sortis à une semaine d’intervalles. On voit des images tournées autour de la sortie de ses deux albums, on voit des gens qui écoutent son travail, les gens sont en train de kiffer pendant qui lui vit son texte qui est en train de passer. Tout le monde est en kiffe sur ses phases, alors que je te fais la même chose en français, tout le monde va dire « oui c’est cool passe à la suite ». Aux USA, ils vivent vraiment le truc. Ils mesurent le rap à sa juste valeur, ce n’est pas juste un business, c’est vraiment un mode de vie, un mode d’accomplissement, de performance. Et quand quelqu’un performe, on lui dit.

Comment expliques-tu alors cette différence de perception du rap entre la France et les USA ?

C’est simple il est né là-bas. Et pour les Américains, les Français sont des romantiques et des gros cons.

Mais pourquoi en France l’image est si différente ? Pourquoi le rap n’est pas institutionnalisé comme là-bas ? Pourquoi on ne voit pas de rappeurs à l’Élysée ? 

Bah parce que les Français sont peut-être des gros cons ! Après, François Hollande et Nicolas Sarkozy... ce n’est pas Barack Obama. Et même, je suis sûre que Trump le jour de son investigation, il ne va pas interdir le Jimmy Fallon Show, et Jimmy il prend le mic il rappe. A quand un Philippe Risoli qui rappe ? Nous on a des Cyril Hanouna mon pote ! C’est déplorable ! Aux USA, leur télé-réalité, ça parle d’accomplissement financier. Nous on a pas ça. En plus, chez eux, il y a un vrai jeu, nous ici on a des idiots qui jouent leur propre rôle, alors que Kim Kardashian elle sait ce qu’elle fait. Le problème en France, d’une manière générale, c’est qu’on est très très mal représentés. Après le 13 novembre, on file la parole à des himams qui sortent d’on ne sait pas où, parler d’un Coran dont on ne sait même pas s’ils l'ont compris ou bien même lu. Dans le rap c‘est pareil, on va interroger un rappeur, on ne sait pas s’il a vendu des disques, s’il a un public, on ne sait pas si ce gars-là parle bien ou pas. Des fois on va voir des mecs qui vont dire « nique sa mère on s’en bat les couilles », il n’y a pas de discours construit. Et pourtant c’est super important, le rap c’est un vivier de talents, de personnes qui poussent les choses vers le haut. Moi des mecs comme La Rumeur m’ont toujours tiré vers le haut. Ekoué et Hamé qui habite pas loin de chez moi, ce sont des gars vers qui il faut tendre. Ils se sont accomplis cérébralement, c’est ça l’objectif, on est pas là pour se laisser mourir, mais pour pousser notre culture vers l’excellence et l’accomplissement. Après, notre musique prend, tout doucement mais ça le fait. Regarde Nekfeu qui tourne avec Catherine Deneuve ou Sadek avec Depardieu. Les choses se mettent en place…

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Tu as fait des études de sciences politiques, tu viens des Pyrénées-Orientales, une région où le Front National fait régulièrement de très gros scores dans les urnes. Comment tu analyses ce phénomène ?

Faut savoir que Perpignan appartient à une sous-région qui est présente dans toutes les têtes qui est la Catalogne. Nous on est vraiment dans la Catalogne nord et on est presque autant espagnole que français chez nous. C’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’il y a cette couleur si particulière, si ensoleillée dans notre musique. Le soucis c’est que les gens sont très attachés aux traditions en France, et que lorsque tu es basque, corse, catalan, forcément tu revendiques ton identité. L’être humain est foncièrement constitué ainsi, on a tous envie de se forger une communauté car évoluer dans une communauté c’est une marque d’accomplissement de soit et de valorisation de soit. Et c’est vrai que Perpignan, les gens sont très à cheval là-dessus, et après Perpignan c’est une vieille ville avec beaucoup de vieux, beaucoup de pieds-noirs. Même si ces derniers ont un vécu très difficile et ce n’est pas forcément eux qui constituent l’électorat du FN. Je connais beaucoup de pieds-noirs qui sont tout sauf racistes, qui ont abandonné là-bas une partie de leurs amis algériens, qui ont beaucoup souffert de l’éloignement.

Quelle est ta vision du système politique français actuel ?

Pour moi la démocratie ce n’est pas le bon fonctionnement des sociétés, mais c’est le meilleur. C’est le mode de contentement de tous les administrés. Tant que j’ai pas compté que toutes les voix sont vérifiées, on est jamais sûre, mais bon tu sais on va tous voter, on fait notre devoir de citoyen. Mais après on ne choisit pas vraiment les personnes pour qui on a le choix d’aller voter, c’est un vote par défaut. Jusqu’au jour où la France se réveillera. On a d’ailleurs un glissement des voix de plus en plus vers la droite et on a justement une droite qui se bat pour récupérer les voix de l’extrême-droite tandis qu’à gauche on est un peu plus éparpillé, on essaye de draguer la gauche plurielle. Finalement, ne sommes-nous pas dans un partie unique? Je me demande si choisir Marine Le Pen ou choisir Fillon ou de nouveau Hollande s’il se représente, je ne sais pas si ça va vraiment changer quelque chose. Pour moi aujourd’hui, il y a une espèce de pensée unique qui s’est créée, on nous a tous mis dans un moule et si tu ne réfléchis pas trop, si tu te laisses bercer par BFM, t’es un peu foutu. Et malheureusement ce sont eux qui ont les médias, ce n’est pas nous. Heureusement qu’il y a International Hip-Hop, heureusement qu’il y a The BackPackerz, pour véhiculer d’autres trucs. Mais les gros médias de masses, sont aujourd’hui dans une manipulation des masses, à la botte des pouvoirs en place. Mais quand tu lis un journal, sais-tu seulement qu’il est orienté? Quand tu lis l’Huma, le Monde ou le Figaro? Tout ça c’est entré un peu en nous sans que nous y réfléchissions. Par mes études j’ai justement eu la chance de pouvoir un peu analyser tout cela, comprendre ce que génère chaque journal en nous, les craintes nationalistes, les sentiments patriotiques etc. Quand tu te poses vraiment la question tu te rends compte que la France c’est un pays de « je ne sais rien ». Ce sont des monsieur et madame « je sais tout » qui ne savent rien du tout au final. On s’intéresse très peu aux choses ou lorsqu’on s’y intéresse, on ne s’y intéresse qu’en surface. De plus, nous sommes beaucoup trop nombrilistes, on se plaint beaucoup alors qu’au final on pourrait régler beaucoup de choses par nous même. On a un président qui n’était pas prêt à l’être et on a un président potentiel qui a réussi à faire oublier aux gens le sang contaminé, son mandat en tant que premier ministre de Sarkozy, les gens oublient vite! Je parle de tout ça mais en vérité je ne suis pas un patriote. Le drapeau tricolore je m’en bat les reins, comme celui de l’Algérie mon pays d’origine. J’allais en Algérie on me disait tu es français et en France on me dit t’es algérien. Je suis un citoyen du monde depuis toujours. La question que je me pose tout le temps c’est doit-on avoir vraiment besoin d’un passeport pour voyager? Les frontières ont été faites par l’Homme. Le mal du siècle c’est l’Homme. Il y a un proverbe que j’aime beaucoup et qui définie très bien ce qu’il se passe pour moi: « L’Homme croit qu’il sait mais il ne sait pas qu’il croit ». C’est vraiment ce jeu là qui s’opère en ce moment, parce qu’on a regardé BFM on croit tout savoir, parce qu’on a consulté tel ou tel site complotiste. Tu sais quoi? Fuck, je préfère ne pas me poser toutes ces questions, faire ma musique c’est bien mieux ainsi.

L’indépendance pour toi, c’est une finalité ou un moyen ?

Moi gros je suis né libre. Partant de là, ce n’est pas une finalité c’est un moyen. La liberté, je pars du principe qu’elle est acquise, elle est inhérente à chaque être humain. La musique c’est un moyen de faire valoir notre liberté, la musique est un synonyme de la liberté. La seule contrainte qu’on peut trouver en musique c’est justement peut-être d’être en rythme, à respecter le truc et encore peut-être demain un mec va faire un morceau arythmique et ça va marcher à balle! Il n’y a pas de limite! J’ai pas de règle musicalement, je ne m’impose rien. Certains te disent il faut faire de la trap, d’autres te disent tu boom-bap, je m’en bats les couilles! Faut que ça groove, qu’il y ait du décollage. Les derniers mecs qui m’ont inspiré sont WestSide Gunn et Conway. Ce sont des mecs, des vrais thugs, ça ment pas et je les trouve très proche de La Rumeur justement. Le rap c’est ça: la rue par la rue pour la rue. Nous on ne court pas après l’oseille, on fait ça pour le plaisir, on accepte des dates gratuites, on est en phase de développement, on kiffe. On travail qu’avec des gens dans le même état d’esprit que nous comme en vidéos, Valentin Petit il faisait les clips de Némir sans se payer, en prenant le cachet pour investir dans les moyens pour tourner des clips qui font maintenant 3 millions de vues. Le problème dans le rap français aujourd’hui c’est l’appât du gain qui amène à une pauvreté musicale.

Parle nous du concept de création de ton album

J’ai rien pensé, toutes ses formalités arrivent à la fin. Olivier, le beatmaker de l’album m’a rejoint à Perpignan, je me suis débrouillé grâce à la Casa Musicale pour le loger, on s’est enfermé en studio. Nous chez nous, on va en studio pour créer.  De file en aiguille, on a développé une méthodologie, même lui n’avait jamais bossé comme ça, il ne s’était jamais enfermé avec un rappeur pour bosser comme ça.

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L’album Babel par Hassan Monkey

Cet album, j’aime le définir comme une journée de 24 heures. Le soleil se lève, on commence avec "Burnin", tu prends ton petit déjeuner tranquille tu es sur la place de la république à Perpignan, on arrive à midi on va déjeuner , on est donc aux alentours de "Peter Pan" et "Ennemie Imaginaire", après le soleil commence à se coucher, on est en décembre, il fait nuit tôt à Perpignan, on redescend sur un "Yes", un "Bébé", on repart sur quelque chose d’encore plus froid avec "Nuit Blanche" et "Un pour Un" et à la fin l’album se termine avec "Sunset". On a fait l’effort que sur chaque fin de morceau, le suivant reprenne sur la même tonalité.

En bonus, on a demandé à Hassan de nous raconter une anecdote ou le processus créatif de chaque track de l'album.

"Burnin'"

C’est le morceau 4 saisons qui résume l’album, qui illustre ce qui va arriver, ce qu’on a voulu donner comme teinte à l’album. On avait kiffé le sample, j’avais deux trois phases que je voulais placer sur ce son, et Oliver qui me dit on va placer quelques délires reggae à la fin. Un vrai morceau instinctif qui représente bien l’album. Je voulais un truc un peu plus rock, donc on a commencé sur ça, puis au fur et à mesure, on s’est rendu compte que le morceau qui commençait rock, redescendait sur la boucle soul du morceau "Quelque Part" qu’on a remanié, derrière ça repart en rap et ça termine en reggae. SI tu veux, c’est un peu la présentation de ce qu’on fait. Mon rêve, c’est aujourd’hui de pouvoir jouer tout ce projet sur scène avec des musiciens. C’est une question de moyen, je sais, mais c’est un vrai kiffe, je vais me battre pour. Pour les musiciens justement, je cherche à m’entourer de zikos qui sont issus du reggae justement, car je trouve que le groove n’est pas le même, y a un décalage, c’est super important.

"Dans la foule"

Le premier morceau qu’on fait, il commence à jouer la mélodie, je commence de mon coté à écrire, et ça a été un ping pong permanent, jusqu’à produire le morceau "Dans La Foule", le second morceau de l’album. C’est le morceau qui plait le plus aux rappeurs, c’est assez chelou, c’est le seul morceau où ça ne rappe pas.

"Pensées noires" (Interlude)

J’ai grandi avec le combat des noirs américains, Martin Luther King, Rosa Park etc. J’ai beaucoup lu les livres de Martin Luther, ce sont des livres qui m'ont marqué, que j’ai transporté tout au long de mes sons. Je voulais mettre en avant le Malcolm X qu’on voit à l'intérieur de la pochette. On est fan de la black music, ce qu’il dit dans le texte justement, il parle de révolution noire, en disant que c’est plus une mentalité qu’une couleur, c’est quelque chose que je voulais expliquer et je trouve que lui-même l’explique tellement bien que ça ne pouvait être mieux fait et donc je le big up à travers ça. Le meilleur des hommages était de lui laisser la parole. C’est un gars qui a côtoyé le mal, qui a pris la décision de changer complètement et qui a fédéré autour de sa communauté pour le bien de cette dernière.

"Revolution"

C’est le premier morceau où Oliver intervient vocalement. C’est un morceau où on a vraiment voulu faire du peu-ra, kicker vraiment, et arriver avec une couleur un peu plus reggae, quelque chose de simple, pas trop étoffée justement au niveau de la musique, et ce morceau à d’ailleurs commencé à distance. C’est le seul. Oliver me l’a envoyé, je me souviens je rentrais chez moi en voiture quand je l’ai écouté, je me suis arrêté net sur la route. Y avait dix voitures derrière moi qui klaxonnaient, j’étais tellement dans le son que j’ai du mettre 15 bonnes secondes à réaliser que je créais un embouteillage. Je lui ai téléphoné directement en lui disant qu’on gardait ce son et je l’ai kick directement chez moi en rentrant.

"Ennemi imaginaire"

Ce morceau me tenait à coeur et je voulais vraiment le faire car j’ai le sentiment qu’on grandit tous avec un alter ego maléfique, qui au final est assez complémentaire de ce qu’on est, on est tous un peu dichotomique, on a tous un petit ange à droite et un démon à gauche et le combat de notre vie c’est de gérer avec les deux. D’ailleurs dans une phase du morceau je dis: « Je rêve de faire un gosse à Marine et de l’appeler Mohamed ». C’est comme l’album, tout le monde te dit de ne pas faire d’album, de sortir des mixtapes, des EPs et bien mon ennemi imaginaire il m’a dit de ne pas les écouter, de faire tout le contraire, de faire un album et fuck le reste!

"Peter Pan"

Peter Pan c’est le morceau où on s’est rencontré avec Némir. Quand on est ensemble, on est des gosses, des idiots, on critique tout le monde. On délire on dirait vraiment des fous. On a eu envie de « gaminer » sur le morceau, faire les gosses. Nous on veut rester gosses à vie, même si aujourd’hui je suis papa, j’ai une fille, je me bats pour rester un gamin. Gamin j’avais des facilités à l’école mais je n’avais jamais envie d’y aller, j’étais un gros flemmard. Je n’ai jamais eu de gros problème à l’école, ça a toujours été mon fort, j’ai eu des parents qui ont toujours été derrière moi, j’étais destiné à une carrière d’avocat, je suis venu à Paris pour obtenir mes diplômes, je suis rentré dans une boite où ça allait très bien pour moi, où j’aurais pu faire carrière là-bas mais ça ne me plaisait pas, j’ai choisi la musique car c’est ce qu’il me plait. Faire ma vie sans faire ce qu’il me plait ça m’était impossible.

"Bébé"

Elle est sale celle-là! Elle est un peu dure c'est vrai et on me demande toujours de l'expliquer. Je suis issu d’une école textuelle et je me suis fait vraiment plaisir à écrire ce texte. Je me suis lâché. J’avais 27 ans quand j’ai eu l’idée d’écrire ce morceau. J’étais en soirée, un moment je sors prendre un peu l’air. Je croise une nana avec qui j’échange, au fur et à mesure elle se confie à moi, me raconte sa vie avec son ex mec, ce dernier l’a obligé à coucher avec d’autres mecs, des trucs très glauques, limite des histoires de caves et tout. Un vécu chaud! Meuf enceinte, il l’a forcée à avorter et tout! Et l’avortement a été chaud c’était soit elle avortait soit il lui mettait des coups de poings dans le ventre. Un truc de fou… Je lui dis que c’est chaud ce qui lui arrive, elle me répond que ça va mieux depuis qu’il est rentré en prison. On parle on parle, je lui raconte ma vie, je lui donne mon âge et elle me répond qu’on a 10 ans d’écart. Je la regarde en lui disant « putain tu as 37 ans ? », c’est vrai qu’elle était grave marquée… Elle me répond « mais tu es fou ou quoi? J’ai 17 ans! ». Et quand elle me dit ça, dans ma tête je me dis il faut que j’écrive sur ça direct! Maintenant faut que je fasse le morceau vue de l’autre coté. Du côté du gars de 40 piges qui se tapent des jeunes de 16 ans car c’est aussi grave de son coté. Dans quel monde on évolue sérieux? C’est vrai qu’il y a de grosses phases dans ce morceau, ma préférée c’est « t’as rien d’une fille facile t’es juste une fille faciale ». Contrairement  à ce qu’on peut croire en revanche, c’est un des morceaux les plus scéniques de l’album. On a fait les choses jusqu’au bout, ce morceau fait même 69 mesures.

"Nuit blanche" (Interlude)

C’était une introduction qu’on voulait faire au morceau d’après en adoucissant le truc après le morceau bébé, tout en étant dans une réponse dans le texte à la première interlude « Pensées Noires ».

"Yes"

Yes c’est une performance où on s’est amusé beaucoup, où il y a beaucoup de subtilités dans ce morceau. C’est un morceau qui fait respirer l’album. C’est un morceau instinctif, qui s’est écrit très vite.

"Un pour un"

Le morceau qui clôture le projet, un morceau très Détroit, courant que j’aime beaucoup. C’est le morceau pas sur l’amour mais sur le désamour, quand tu vis des ruptures sentimentales, tu as envie de l’écrire. A une époque j’ai vécu une rupture qui m’a laissé pas mal de séquelles. Du coup j’ai voulu le mettre sur papier. A un moment de ma vie, j’ai vécu une période totalement asexuée où je ne vivais que pour la musique. D’ailleurs au début du morceau il y a une phase qui résume bien le truc « asexué comme deux cannibales en 69 ».

"Sunset"

Le coucher de soleil. l’album comme sur un lever de soleil avec Burnin’ et se termine sur un coucher.

Photo : The BackPackerz

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