Founding Fathers : l’histoire cachée de la naissance du Hip Hop

Founding Fathers

Il y a dans la vie des vérités immuables qui façonnent notre manière de voir le monde et qu'il semblerait incongru de chercher à contester. La terre est ronde et tourne autour du soleil, une minute dure 60 secondes et le Hip Hop est né dans le Bronx sous l'impulsion des Dj's Kool Herc et Afrika Bambaata.

Chaque Hip Hop head qui se respecte sait en effet que c'est sur les platines de Herc, sur le terrain vague jouxtant le 1520 Sedgwick Avenue que les prémices de la musique qu'il chérit et qui depuis quarante ans tient le haut du pavé ont vu le jour. Voilà en effet l'histoire telle qu'elle nous a été racontée et telle qu'elle se transmet entre passionnés.

Et si tout ne s'était pas exactement passé comme on a bien voulu nous le laisser entendre ? Et si l'histoire de la naissance du Hip Hop n'était au fond qu'une invention opportuniste aidée par quelque journalistes sous influence ?

To Bronx or not to Bronx ?

C'est en tout cas ce qu'un documentaire, un peu cheap et passé relativement inaperçu, intitulé Founding Fathers sous-entend, en donnant la parole à toute une ribambelle de old timers dont les souvenirs de cette époque diffèrent sensiblement de ce que nous en dit l'histoire « officielle ».

On y apprend qu'il se passait, au début des années 70, peu ou prou la même chose à Brooklyn et dans le Queens que dans le Bronx, et que les héros de cette culture naissante s'appelaient alors Charisma Funk, Grandmaster Flowers, Nu sounds, King Charles ou encore Disco Twins, alors même que Bam et Herc n'étaient encore pas apparus.

Narrée par Chuck D, dont la caution morale suffit pour qu'on prenne au sérieux ce qui nous est raconté, cette autre histoire du Hip Hop rend hommage à des pionniers depuis longtemps oubliés et nous rappelle que l'esprit critique doit plus que jamais faire partie de l'attirail du hip-hopper, le savoir et sa transmission étant des composantes essentielles de la culture.

S'il n'est pas question ici de céder aux sirènes du complotisme et du mensonge universel, il convient néanmoins d'envisager l'histoire du mouvement sous un nouvel angle, sans doute plus proche de la réalité.

Quand les langues se délient

Cette histoire n'est étonnement pas la seule à avoir récemment remis en cause certaines certitudes liées a l'enfance du Hip Hop. Comme si après quarantes années d'existence, l'adulte se retrournait sur son passé en réclamant un droit d'inventaire. On a vu par exemple Melle Mel nous expliquer comment il avait écrit, puis enregistré « The Message » avec un groupe de studio et comment l'histoire avait uniquement retenu le nom de GrandMaster Flash alors même que celui-ci n'aurait participé à aucune des étapes de la conception du disque.

Plus emblématique encore, les révélations de GrandMaster Caz  a.k.a Casanova Fly concernant le vol par Big Bank Hank d'un couplet entier enregistré sur ce qui restera dans l'histoire comme le premier disque de rap jamais produit (Sugarhill Gang – "Rapper's Delight"). On y entend en effet Big Bank démarrant par «check it out, i'm the c-a-s-an-the-o-v-a the rest is f-l-y » autrement dit « je  suis Casanova Fly »... alors même qu'il s'appelle Big Bank Hank.

Le premier disque de rap de l'histoire serait donc aussi celui du pêché originel puisque s'il fut (car c'est de moins en moins vrai) un interdit parmi les pratiquants des différentes disciplines du Hip Hop c'était bien le « biting », autrement dit le pompage qu'il soit de style, de rimes, d'attitude ou encore de surnom. Comme si la schizophrénie qui frappe régulièrement les acteurs du mouvement trouvait ses racines aux origines mêmes de ce qui le constitue.

Mais puisqu'en Hip Hop tout est histoire de savoir, gardons à l'esprit l'injonction de celui pour qui il « règne en maître sur pratiquement tout le monde » et qui se résume en quelque mots : « ne prenez pas tout ce qu'on vous dit pour argent comptant, ne me croyez même pas moi sur parole, réfléchissez, posez vous des questions, cherchez la vérité et faites vous votre propre opinion ». You must learn !

Commentaires

BOOTLEGZ : LA NEWSLETTER

Toute l'actu Hip-Hop dans ta boite mail

Leave a Reply

Lire les articles précédents :
[Chronique] Mr Key & Greenwood Sharps – Yesterday’s Futures

Après un été littéralement assailli par la West Coast, on se retrouve en ce début septembre pour une chronique de...

Fermer