Ed Piskor trace l’histoire du hip hop américain en bande dessinée

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Il s’agit sans aucun doute d’un des plus beaux livres à mettre dans la bibliothèque d’un hip hop head : The Hip Hop Family Tree d’Ed Piskor, publié sur le site Boing Boing puis par Fantagraphics, est enfin disponible en France, aux éditions Papa Guédé dans une traduction d’Hugo Ehrhard. Nous sommes parti à la recherche de son auteur, Ed Piskor, pour en savoir un plus sur cette entreprise folle : retracer l’histoire du hip hop américain en BD.

The BackPackerz : Comment vous est venue cette idée de faire de l’histoire du hip hop une bande dessinée ?

Ed Piskor : J’en sais plus sur les albums de rap que la plupart des dessinateurs de bande dessinée et, en tant qu’amateur de ce moyen d’expression, je pense savoir quelle question poser pour compléter la perception générale que l’on peut en avoir, je devais donc être celui qui signerait cette chronologie du hip-hop. L’idée trotte dans ma tête depuis des années, et ce n’est qu’en 2012 que j’ai vraiment pu m’imaginer ce à quoi ressemblerait la bande dessinée.

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Comment procédez-vous pour les recherches sur le mouvement et son évolution ?

À partir de matériaux que je retrouve personnellement, en grande partie : des articles, des entretiens, des livres, des documentaires… J’ai rencontré pas mal de rappeurs, mais ce n’est pas toujours très utile étant donnée l’exagération inhérente au hip hop : je dois considérer tout ce que j’entends avec prudence.

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Comment avez-vous découvert le hip hop ? Vous semblez être un amateur de Public Enemy, qu’est-ce qui vous a attiré dans leur son ?

Je suis né dans un écosystème hip-hop, en 1982. Il y en avait partout à cette époque et j’étais déjà capable de m’en rappeler.

Public Enemy, et en particulier Chuck D, représente une figure paternelle pour moi. Mon père était régulièrement en voyage d’affaires au cours de mon enfance et Public Enemy est devenu ma conscience morale. Ils ne sont toutefois pas sans reproches en la matière : j’ai noté par la suite que certaines de leurs paroles sont empreintes d’homophobie.

Quel rappeur ou DJ avez-vous pris le plus de plaisir à dessiner ?

Je n’ai jamais entendu cette critique mais je ne cherche pas vraiment à rendre l’apparence exact des sujets dessinés. Je dirais que Bambaataa a été le plus amusant à dessiner. Pour le moment, je n’ai pas vraiment rencontré  de difficultés pour représenter les rappeurs, mais je pense que cela viendra au fur et à mesure, alors que je dessinerai des rappeurs que les gens connaissent mieux : j’aurai plus de pression pour les dessiner avec exactitude.

C’est la question « chauvine » : connaissez-vous des rappeurs français et avez-vous prévu d’en dessiner ?

Je ne connais pas bien la scène française mais je vais passer un mois en France en 2017 et j’espère bien rattraper mes lacunes !

Le lien entre la bande dessinée et le rap a longtemps été incarné par les super-héros. Avez-vous déjà pensé à dessiner les rappeurs à la manière des super-héros ?

Je pense qu’il serait excessif de dessiner des rappeurs en train de se battre ou dans des situations trop extrêmes. Le style graphique et les traits rappellent les comics populaires américains des années 1970 et 1980, l’époque pendant laquelle le comics se déroule.

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À lire : Hip Hop et comics, crossover de choc

Quelles techniques utilisez-vous pour dessiner Hip Hop Family Tree ?

J’utilise encore pinceau, encre et papier pour dessiner, mais je passe pas mal de temps sur l’ordinateur pour faire en sorte que la bande dessinée ne donne pas trop l’impression d’avoir été convertie en fichier numérique. Je suis un dessinateur méthodique, qui écoute énormément de musique, surtout du rap, en travaillant.

Comment procédez-vous pour l’écriture ? Et plus précisément pour sélectionner les scènes à dessiner ?

Je prends un jour ou deux pour réunir le maximum d’éléments sur l’événement que je vais évoquer. Je laisse la discographie du hip hop guider la narration : si je sais que tel ou tel album a été fait ensuite, mon travail est de découvrir comment cet album a été fait.

Réécrivez-vous certaines scènes, ou l’objectif est-il de s’en tenir aux faits et aux événements ?

J’essaye de m’en tenir au maximum aux faits et événements les plus communément acceptés. Les dialogues, évidemment, sont plus sujets à caution, ainsi que quelques éléments liés à la liberté artistique, mais la valeur de cette bande dessinée réside aussi dans sa fidélité et son exactitude.

Envisagez-vous de dessiner des rappeurs modernes comme Drake ou Kendrick Lamar ?

Je préfère prendre mon temps !

Quels artistes ont-eu le plus d’influence sur votre manière de dessiner et de raconter des histoires ?

Je dirais Robert Crumb, Harvey Pekar et Dan Clowes dans mon top 3, mais il y en a évidemment beaucoup plus.

Bonus : Les 3 pochettes d’albums préférées d’Ed Piskor

Afrika Bambaataa & Soul Sonic Force

Renegades of Funk, par Bob Camp (1983)

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Public Enemy

Muse Sick N Hour Mess Age, par Mark Texeira (1994)

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EPMD

Business as Usual, par Bill Sienkiewicz (1990)

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Le livre Hip Hop Family Tree Volume 1, 1970s-1981 est disponible chez l’éditeur Papa Guédé et ses distributeurs.

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